dédé

Publié par l'bistrot des sports

dédé

La neige tombe. Il fait froid. La télévision m'informe que ces soirs seront les soirées de Dédé. La belle affaire ! La tristesse m'envahit. Tu me connais, je n'ai jamais accordé crédit à tout ce qui est médiatique. Ça sent l'argent. Une odeur qui m'a toujours donné la nausée. Je ne t'ai jamais rien promis. Je t'ai donné, comme ça, sans m'en apercevoir.

Tout petit, tu n'étais pas un enfant comme les autres. Chétif, tu avais du mal à te tenir sur tes jambes. Il paraît que cela venait que ta mère, la Marie, était enceinte de toi quand on lui a ramené le corps de ton père transpercé par un « brancard » de la carriole du boulanger, dans la descente du chêne que ton père, lui, descendait à vélo. Cela aurait « tourné le sang » de ta mère et aurait provoqué chez toi ces « difficultés »

Vient le temps de l'école. Tu prends , à pieds, avec les autres enfants des villages, le chemin de Jouillat. Le moindre petit caillou te fait tomber. Tu te relèves tout seul. Tu ne veux pas l'aide des autres qui chantonnent : - Attendez André ! Il est encore tombé ! Ta sœur, Nicole, ton aînée d'un an, essuie tes genoux écorchés. Parfois ta tête prend la première ce qui te fait de tristes bosses au front. Après une chute plus brutale qu'une autre, Nicole te porte sur son dos jusqu'à l‘école. Brave Nicole !

Des années plus tard les vélos apparaissent. C'est le bonheur pour toi. Nicole en a un beau et avec un porte bagage. Tu seras le « bagage »

Tu as environ onze ans, moi dix. Je passe mes vacances chez ma grand-mère. Nous sommes devenus des copains. Des inséparables. Tout le restant de l'année tu passes ton temps à compter les jours. Encore un mois et « Titi » viendra en vacance. Tu marches de plus en plus mal. Tu tombes de plus en plus. Je te relève, tu retombes, je te relève. C'était nos vacances.

Une année, surpris de ne pas te voir le jour de mon arrivée, je demande à ma grand-mère :

- Et Dédé ?

- Descends le voir vas !

 Arrivé à ta porte, je te vois assis sur une chaise. Tout de suite je te dis  :

- Viens Dédé, si tu tombes je te releverais. Tu baisses la tête et en pleurant tu me réponds :

- Je ne peux pas, je ne peux plus

J'avais compris...

Après la chaise, ce fût le fauteuil roulant. Comme ça jusqu'à vingt ans. Je ne viens plus en Juillet. Je préfère faire le beau auprès des filles sur les plages de Belle Île en mer. Alors tu attends mon retour jusqu'au mois d'août. Revenu de la mer, je descend te voir tous les jours du matin jusqu'au soir. Je te raconte mes conquêtes du mois de Juillet. Tu souris et tu me dis :

- tu as bien de la chance !

Comme je regrette aujourd'hui cette insouciance de ma part. Ma jeunesse me voilait les yeux et me rendait cruel.

Un matin, je te trouve devant ta fenêtre de ta chambre assis sur une chaise. Le fauteuil roulant laissé de côté. Je saute de joie.

- Tu vas mieux tu n'as plus besoin du fauteuil. ?

- Oui demain je pourrai descendre à la salle à manger.

Le lendemain matin, chez moi, nous décidons d'aller faire quelques courses à Guéret. Nous rentrons en fin d'après midi. A peine descendu de voiture notre voisine se précipite vers moi en me disant : Descends vite chez Dédé. En arrivant chez lui Nicole sa sœur et sa mère Marie me crucifient :

- Il t'a réclamé toute la matinée jusqu‘à la fin. C'était le seul jour que je n'avais pas passé avec lui.

Ces soirs, la télévision restera fermée. Je passe ces soirées avec mon copain Dédé.

Publié dans Au fond de la mémoire