La Jeanne Bruneton

Publié par l'bistrot des sports

C'était ma "mémé blo".

Mémé blo, parce qu'elle avait des chèvres. Pour les rassembler elle poussait des blo! blo! blo!. Elle me "trainait" partout avec elle. J'étais son "Titi". Pourquoi cette veille femme m'avait-elle pris en affection ? Mystère. Certains voisins disaient que j'étais aussi « chti » (mauvais) qu'elle. Faut dire que ma mémé Blo avait le "bâton facile" envers les personnes qu'elle n'appréciait pas. Quant à moi on pouvait m'entendre hurler mes colères à des kilomètres à la ronde. Derrière notre dos beaucoup chuchotaient : "té ! vlà la Jeanne avec son Satan".

Une fois, j'ouvris la porte du poulailler de la voisine pour faire sauver ses poules et canards. La veille femme se mit à me poursuivre en hurlant Satan ! Satan!. Ma mémé blo alertée par les cris de la "victime" se précipita à ma rencontre, me prit sous son bras et se mit à insulter la vieille femme en me disant :"Viens mon titi laisse donc, c'est une vielle folle " pendant que la Mélina, c'était son prénom, nous poursuivait en hurlant :"marches toi donc, avec ta sale bête O est aussi chti qu'te" (va-t'en donc avec ton sale môme. Il est aussi mauvais que toi).

Des anecdotes de la sorte, je pourrais en écrire des dizaines et ma "mémé blo" accourrait toujours à mon "secours". Comment ai-je pu être un enfant aussi désagréable. La réponse, je l'ai sue par ma mère. Ayant perdu son premier enfant qui était, paraît-il, d'une très grande douceur au point qu'il était comparé à un "petit ange", ma mère aurait souhaité à ma naissance que je sois le plus désagréable et méchant possible si cela devait être la condition pour que je vive. Elle a été entendue. J'ai vécu...

Ma mémé Blo, de son véritable nom Jeanne Bruneton avait épousé mon arrière grand-père François Guillon en 1887. Elle était née en 1868 dans la commune de Jouillat au village de Villecoulon.

En 1950, ma mémé blo va souvent à l'hôpital. Elle a toujours mal au ventre. Un matin on me fait passer la journée chez une voisine. En rentrant le soir, ma mémé blo a été déposée dans son lit, mais il  lui a été mis un drap blanc sur le visage. Je ne comprends pas. Beaucoup de gens viennent dans la maison. Personne ne s'occupe de moi. J'en profite pour monter sur le lit afin de retirer ce drap blanc qui cache son visage. Il est tout pâle. Je m'allonge près d'elle. Elle est toute froide. D'un bond ma mère me prend dans ces bras. Elle me dit que ma mémé blo est très malade. On va la transporter dans une grande maison pour la soigner. Il paraît qu'elle avait trop avalé de noyaux de cerise...

Publié dans Au fond de la mémoire