Les deux muses

Publié par l'bistrot des sports


J'ai rencontré ma première muse dans le Berry au petit village de Nohant. Elle demeure dans une magnifique maison entourée d'un grand parc. La curiosité me fait pénétrer dans cette demeure. La table est dressée dans la salle à manger au  rez-de-chaussée.
 
Parfois, de l'immense cuisine une odeur de confiture envahit le grand hall d'entrée où se "tortillent' deux escaliers qui conduisent à l'étage. Malgré la présence de plusieurs cuisinières, c'est elle uniquement, la Dame de Nohant, qui cuisine ses confitures. Une grande table de chêne meuble le milieu de cette cuisine. Elle est réservée pour les repas que la dame organise pour les paysans du village.
 
Ce jour là,  dans la salle à manger, debout regardant par la fenêtre : Le poète Alfred de Musset savoure les notes d'un piano devant lequel  est assis Frédéric Chopin. Vautré dans un fauteuil, le photographe Nadar. Entre deux valses de Chopin, George Sand pénètre dans la salle à manger, une pipe entre les doigts. Une grande femme brune habillée de noir, affublée d'un pantalon d'homme.
 
Mais lisons plutôt F. Tacot
George Sand une femme écrivain que le 20e siècle a trop souvent réduite aux romans dits champêtres, quand il ne prêtait pas l'oreille aux propos insultants de Baudelaire ou Jules Renard. Romancière, dramaturge, journaliste, militante des droits de la femme, mère de famille, amie fidèle et dévouée, républicaine convaincue, épistolière infatigable (27 volumes de correspondance édités à ce jour !), George Sand assuma, et avec quel courage, tous ces rôles. Cette romancière, qui, en son temps, fut louée pour son talent mais agressée parce qu'elle était femme ; agressée parce qu'elle souhaitait l'égalité avec les hommes ; agressée parce qu'en accédant à l'autonomie financière elle pouvait donner de mauvaises idées à ses concitoyennes ; agressée parce qu'elle voulait "aimer les hommes comme les hommes aiment les femmes" ; agressée parce qu'elle rêvait d'une société plus juste.

 

R

Ma deuxième muse, je l'ai rencontrée sur la butte Montmartre. Elle sortait du Lapin Agile, le cabarets mal famé de Montmartre, où la bourgeoisie parisienne venait s'encanailler.

Suzanne Valadon arrivait du Limousin où elle était née à Bessine sur Gartempe .Fille naturelle, elle débarque à Paris avec sa mère qui s'emploie comme blanchisseuse.
Marie-Clémentine, car tel était son prénom avant que Toulouse Lautrec lui attribue celui de Suzanne.

Marie-Clémentine demeure avec sa mère dans le bas de Montmartre, rue du Poteau. Cette vie ne lui convient pas. Elle rêve d'autre chose. Mais de quoi ? Elle traine sur la butte, ses cabarets. Elle rencontre des êtres originaux qui vivent de dessins, de peintures. Elle comprend tout de suite que sa vie est là. Bien faite et jolie, elle n’a aucun mal à être prise comme modèle par tous ces marginaux. Elle devient le modèle de Toulouse Lautrec, puis sa maîtresse. Elle pose pour Degas, Renoir, Puvis de Chavannes. A dix huit ans elle fréquente un Espagnol un certain Utrillo qui lui fait un enfant. Suzanne ne supporte pas la "charge" d'un homme. Elle le chasse et élève seule son fils qui deviendra le célèbre peintre Utrillo. A force d’observer ces artistes la dessiner et la peindre, elle se dit «pourquoi pas moi». Le soir, dans sa cuisine de la rue du Poteau elle oblige sa mère et son fils à poser et elle s'acharne, dessine, dessine. Plus tard, pour tenter de l'éloigner de l'ivrognerie, elle poussera même son propre fils dans la peinture.

Esprit libre, fantasque jusqu’à la bizarrerie, elle était connue pour porter un petit bouquet de carottes, avoir une chèvre dans son studio à seule fin de « manger ses mauvais dessins », ou nourrir ses chats avec du caviar le vendredi (jour maigre, où l'Église préconise de s'abstenir de manger de la viande).

Les Muses sont des êtres extraordinaires qui vous inspirent mais que l'on ne peut ni saisir ni s'approprier.
Peut-être, dans une autre vie, les ai-je croisées sans le savoir...

 

Publié dans Au fond de la mémoire