L'édredon d'Yvonne

Publié par l'bistrot des sports

Cet édredon est celui de ma grand-mère. Il était un élément indispensable à sa vie. Eté comme hiver il était l'unique compagnon qui partageait son lit. Elle ne pouvait dormir sans lui.

 

L'hiver de l'année 1956 a été un des plus rudes connus en Creuse. La vieille maison de mes grands-parents présentait des signes inquiétants de "vieillesse", notamment au niveau de la toiture. Il fallait absolument effectuer ces travaux sous peine de la voir s'effondrer.

 

Ma grand-mère fait faire un devis. 500 000 F ! A l'époque c'était une somme. Mon brave vieux grand-père touche bien une petite pension mais elle disparait quelques jours après l'avoir touchée. Faut bien s'habiller. Mon grand père fait péniblement des journées chez les paysans du village, mais elles lui payent que son tabac. Alors comment faire ? Ma grand-mère réussit à se faire embaucher comme bonne à tout faire chez les instituteurs du bourg voisin situé à cinq kilomètres de son village. Durant deux ans, dès cinq heures du matin, elle fera l'allez et le retour de ce trajet à pied. La malheureuse était asthmatique. La moindre côte la cloue sur place surtout l'hiver dans la nuit guidée par une seule lampe électrique de poche accompagnée par un molosse de chien que ses patrons lui confient afin d'apaiser sa peur provoquée par les drôles de silhouettes des arbres que la lune dessine. Certains soirs d'hiver, elle ne distingue plus la route. Des congères de deux mètres de neige et de glace se dressent devant elle. Des crises d'asthme provoquées par le froid intense l'obligent à s'asseoir dans la neige. Un de ces soir, les chutes de neige s'étant intensifiées, ses patrons lui proposent de rester coucher chez eux.

- Mais je ne peux pas si je n'ai pas mon édredon je ne pourrais pas dormir.

 

Elle reviendra le lendemain matin à son travail avec son édredon ficelé sur son dos et dormira sur place le temps que la neige fonde.

 

Depuis, c'est moi qui ne peux plus dormir été comme hiver sans l'édredon de ma grand-mère.

Publié dans Au fond de la mémoire