Le refuge

 

Dans les années soixante, j'étais "arpette" dans l'imprimerie de mon oncle située dans le dix-septième arrondissement parisien.
Après une longue histoire, je faisais  la connaissance d'une petite montmartroise. Ses parents étaient fleuristes rue Ordener. Nous avions tous les deux entre dix huit et vingt ans.  L'âge ou les  premiers amours ne s'oublient jamais.

A peu près tous les soirs, j'allais attendre la belle à la sortie de ses cours, dans le bas de la place Clichy. Enlacés, nous montions jusqu'au cimetière de Clichy. Ce cimetière fut notre cachette pour de longues étreintes, oh pas très méchantes, de simples baisers. Sacha Guitry nous observait de son regard malicieux. Puis nous "grimpions" vers la place du Tertre afin de redescendre jusqu'au "Lapin Agile" en longeant le lopin de vigne de la rue des Saules. Là Aristide  Bruant nous chantait des chansons d'amour. Puis nous descendions la rue Saint-Vincent, jusqu'aux marches du métro Lamark où nous attendait un petit nid : Le café du refuge. Le patron reconnaissait ses amoureux. Notre place était réservée dans le fond de la salle et devant deux diabolos menthe, nous étions au paradis. La pendule ne nous faisait pas de cadeaux. Ma belle devait rentrer, sinon ses parents s'inquiéteraient.

La pendule  a continué de tourner. Le petit café est toujours là, mais ce n'est plus le même patron. Notre place est aussi là, mais avec d'autres amoureux.
Aujourd'hui les touristes ont envahi la terrasse. Se doutent-ils qu'ici une "petite arpette" a cru au bonheur....

 

Publié dans Au fond de la mémoire