La baffe

 

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Une gifle, rien de plus banale. Seulement chez moi, cela n'existait pas. Il a fallu que j'atteigne les quinze ans pour la recevoir de la part d'une personne étrangère à ma famille.
 

J'avais une quinzaine d'années lorsque tout éberlué, je reçus cette gifle. Je ne l'ai jamais oubliée, son auteur également, mais pas dans le sens que l'on peut imaginer.
 

Je passais le mois de juillet à Belle Île en mer chez les parents de mon copain d'école : Jean-Pierre. Depuis peu, en effet, j'étais infidèle à mon  cher village creusois et à la vieille maison de ma grand-mère. Ce qui non seulement a occasionné un immense chagrin chez la brave femme.

Belle Île en mer est, comme son nom l'indique, une magnifique île située au large de Quiberon à environ trois quarts d'heure de bateau à cette époque. Elle est faite de petites criques où se prélassent de merveilleuses petites plages très difficiles et dangereuses d'accès  en particulier sur son coté "cote sauvage". C'est dans l'une d'elles que mon ami Jean-Pierre avait repéré, flottant sur les vagues, une espèce de rondin d'environ un mètre cinquante de diamètre sur quatre vingt centimètres de hauteur d'un poids décuplé après plusieurs jours passés dans l'eau. Ce rondin était une énorme bobine. Elle servait à enrouler les câbles de bateau. Comment s'est elle trouvée la ? Mystère... toujours est-il que nous décidâmes de la remonter de cette crique pour la ramener au village comme un trophée.
 

Le drame a été que nous n'étions pas conscients de l'heure. Nous étions en maillots de bain et sans montre. Nous entreprenons la remonté de l'engin par la paroi abrupte de la falaise aux risques de nous fracasser sur les rochers du bas de la crique. Il nous faut prendre des précautions énormes. Chaque mètre nous prend un temps fou. Au bout de plusieurs heures, le trophée est sorti de la crique. Très fiers nous le remontons, en le roulant jusqu'au village. Nous croisons des voisins qui descendent passer l'après midi a la plage.

- Ah vous voila ! On peut dire que vous êtes attendus là haut. Même la gendarmerie a été alertée. Nous ne nous attendions pas a un tel accueil. Madame Anger la mère de Jean Pierre était en larme. Quant au père Anger il était comme fou. Un mélange de colère et de joie de nous voir en vie l'aveuglait totalement. Il se précipite sur nous. Jean-Pierre détale et moi je reste figé devant un tel dénouement de cette aventure. Je reçois une baffe à me dévisser la tête.
 

Beaucoup plus tard, je compris qu'elle ne m'était pas destinée. Le brave homme n'a jamais digérée son geste. Jusqu'à la fin de ses jours il a regretté cette gifle.

J'ai eu la joie de revoir mon ami Jean-Pierre. Nous avions tous les deux bien changer. Lui est le portrait tous craché de son père de l'époque de la gifle. Les premiers mots de Jean-Pierre après les premières effusions des retrouvailles furent : tu te souviens du rouleau ?....

Publié dans Au fond de la mémoire