Le Chemin des Morts 17 Le voyudo

Publié par l'bistrot des sports

Sous une belle matinée d’automne avec un soleil radieux et une légère fraîcheur que le « Voyudo » commence d’abord par la visite des bâtiments puis celle du cheptel. Accolée à droite de la demeure recouverte de paille ; la bergerie où est entassée une trentaine de moutons. Cinq chèvres avec leurs chevreaux complètent le troupeau. A larrière une sorte de cave appelée « laiterie » où on fabrique beurre et fromages. La façade de la bergerie est flanquée dun escalier en pierres qui donne accès aux greniers. Y sont suspendus des haricots secs. Des tas de grains sont là pour alimenter une cinquantaine de volailles. Des fagots de bois et genets sont alignés le long du mur en attendant dallumer le feu. Sur la gauche du premier grenier une petite ouverture fait communiquer avec un second grenier au-dessus de la pièce dhabitation. Ce second grenier fait office de pièce où lon dort. Des paillasses occupent les angles. Des armoires renferment linges, draps ainsi que les vêtements. De la paille, de la plume, du chanvre cultivé dans la « chènevière » sont entassés pour fabriquer draps et linge. Les oreillers et édredons avec la plume d’oie, les paillasses avec la paille. Cest dans ce cadre que logeront les futurs époux Lasmier.

En redescendant Marie Ratoullat, Léonard Parrain et leur guide se dirigent vers une nouvelle acquisition de François Boyer : La grange et lécurie, qui appartenaient aux Guinjard où cétait déroulé le bal des noces dAnne et François Peynot. Cet achat simposait à la suite de laugmentation de son troupeau de vaches qui sélève à ce jour à une dizaine de têtes. La visite passe par des potagers et vergers avant de terminer par la « chènevière » à larrière des bâtiments. Elle sétend jusquau chemin venant du Couderc face à la chaumière des Bazot. En profondeur elle va jusquaux anciennes fortifications du prieuré. On y accède par les portes situées à larrière des deux granges ou par la cour de devant en longeant la bergerie. Une grande partie de sa surface est utilisée à la culture du chanvre. Le reste est planté darbres fruitiers dans un potager. Sur la partie qui longe la bergerie, une porcherie surmontée dun poulailler. Touchant presque le mur arrière des bâtiments Tallaire ; une « chambre de four » pour la cuisson du pain et des gâteaux, surmontée elle aussi, dun poulailler et dune réserve à fagots. Dans la cour, un puits devant la porte de la maison formé dun trou denviron un mètre de diamètre pour alimenter en eau toute la propriété.

Après le repas de midi commence la visite des champs. Le soleil du matin en ce début daprès midi devient même un peu chaud. Tous les trois, aidés dun batons, prennent le chemin des rives, obliquent vers la droite dans la direction de Villelot. Leurs sabots senfoncent dans une boue collante. En parcourant encore environ quatre cents mètres, ils prennent un étroit chemin bordé de grosses pierres ; les vestiges de lancien moulin de la « Niot ». A une centaine de mètres sur la gauche François Boyer fait découvrir à ses visiteurs sa première terre : la terre « du Moulin ». En traversant ce pré, les trois compères descendent devant un lavoir. Ils en sautent le ruisseau. Sur la droite un puits entouré de pierres, vestige d’une villa romaine qui devait, à lépoque du prieuré alimenter le village de Lacoux en eau potable. Les prés « du Moulin » devaient être une « pêcherie » réservée aux Prieurs et prêtres. On accède à cette « fontaine » par un chemin bordé de pierres. En remontant sur le village, ils tournent à droite sur le chemin « des rives ». Passent devant les terres « des Perrelles ». Sasseyent pour reprendre leur souffle, sous un énorme chêne dont le début de lautomne commence à faire tomber ses feuilles. Après quelques minutes de repos ils reprennent leur marche sur environ trois cents mètres pour arriver à la seconde terre ; celle « des rives ». Cette terre, où François Boyer récolte le foin, est dans un petit vallon avec la Niot qui coule en son creux. Cest lamont de la terre « du Moulin ». Sur le coteaux qui fait face une source où les trois promeneurs vont se désaltérer. Marie Ratoullat ressent les premiers signes de la fatigue.

- Debout ! la Marie. Nous en sommes à peine au début, sexclame François Boyer. Défunt le Pierre Boyer, mon père, avait bien négocié ses assignats. Aller nous allons monter à « Peu-Razet ».

En empruntant détroits sentiers entre lopins de terre, ils rejoignent le second versant des rives de lancien étang paléolithique. Arrivés au chemin qui va au « Rebéret », ils tournent sur la gauche comme pour revenir à Lacoux, croisent le chemin de « Roches » et descendent vers le village. Deux cents mètres plus bas, une rangée de noyers borde le chemin. En pointant son bâton, François Boyer désigne la terre où se trouvent les noyers.

- Cest la terre des « Bujaux ». Jy fais les pommes de terre . Nous allons la longer par le sentier et descendre aux prés de « Larbière » , puis nous remontrons aux « Vergnes » manger la « moulette »

Quarante cinq minutes, après avoir serpenté de sentiers en sentiers, de marais en marais. Davoir traversé le ruisseau de Lacoux grâce à un petit pont de pierres, ils arrivent en vue de la chaumière des Vergnes. La maîtresse des lieux les accueille, les points sur les hanches.

- He bin mes gars vous voila bien crottés, sétonne-t-elle.

- Nous faisons le voyoudo pour la Marie Ratoullat. Son Jacques va épouser mon Elisabeth .

- Je sais, et vous avez du chemin à faire avec ce que ton coquin de père a amassé avec ses manigances. Enfin entrés donc. Jai ramassé quelques ceps . Je vais vous en faire une moulette.

Après avoir repris des forces et embrasser la bonne hôtesse, le trio entame la montée sur le mont Peu-Razet. Au bout dune demi-heure ils arrivent aux trois chemins. Celui doù ils descendent vient du village de « Péfuret ». Celui de droite va au village de la « Couffrette », à gauche il redescend sur Lacoux. Les trois marcheurs sengagent sur celui-ci. Ils sont au sommet de la butte de Peu-Razet qui domine la commune. Cinq cents mètres plus bas François Boyer sarrête devant une barrière qui clôture un champs où paisse un troupeau de moutons gardé par une bergère emmitouflée dans son chérrier.

-Té ! cest mon Elisabeth avec ses moutons. Ici cest le « Chat pendu ». Lherbe y est bonne pour les moutons. Descendons un peu plus bas propose François Boyer. Je vais vous montrer l “Avergne“où je cultive le blé. Cette terre est en pente. Le blé pousse bien sur le haut car le bas est un marais alimenté par plusieurs sources.

Passé lAvergne ils quittent Peu-Razet en longeant les terres du « Sagna Boulade » avant d’arriver à celles des « Riaux ».

- Ici jy fais pousser lavoine.

Cinq cents mètres plus bas, après avoir laissé sur la gauche le chemin qui conduit aux Vergnes où tout à lheure les trois compères se sont fait servir la moulette, ils passent le ruisseau de Lacoux qui traverse le chemin. Cest « lAjonchère ». Juste avant de le franchir se présente un grand pâturage.

- Cest « le Mont Vallent ». La Marguerite y amène les vaches. Avec le ruisseau qui y passe les bêtes peuvent se désaltérer.

En longeant les buissons, sautant de pierres en pierres, le trio franchit le petit ru pour remonter vers Lacoux. Le père Boyer fait arrêter ses hôtes à lentrée du « chemin des morts ». Juste à langle des chemins un immense chêne. Derrière une grande prairie. Cest le « Charge Dit »

- jy met aussi les vaches. En allant jusqu’à langle du chemin qui va au village du « Chêne », jai la « Signonne » où lElisabeth mêne aussi ses moutons.

- Pas besoin dy aller, répond le père Parrain. Jy venais avec le Jacques faire le menon quand ton Elisabeth y était.

- Eh bin rentrons, le voyodou est fini. Vous voyez que le Jacques ne fait pas une mauvaise affaire.

Marie Ratoullat parait gênée.

- Cest bien le François, mais mon Jacques na rien. Je suis veuve et domestique. Je ne possède rien et lui nest que commis.

- Je sais bin la Marie, rétorque le père Boyer. Mais il est costaud. Je nai que ma sœur Etiennette et mon épouse la Magdeleine. Jai besoin dun gendre. Ton Jacques me convient très bien.

- Les accordailles sont donc réglées, conclut le père Parrain. Je vais raccompagner la Marie chez ses cousins de Lombarteix car la nuit commence à tomber et nous navons pas de lanterne. On peut donc prévoir les épousailles pour le mois de mars de lannée qui vient ?

- Cochon qui sen dédit répondent François Boyer et Marie Ratoullat.

Le 22 mars 1824, à dix heures, à la mairie de Jouillat Jacques Lasmier entouré de ses témoins Léonard Parrain et Jean-Baptiste Chazeaud épouse Elisabeth Boyer avec comme témoins son oncle Antoine Boyer de Jouillat et de son beau-frère François Peynot.

(à suivre)