Le chemin des morts 6 La Révolution en Creuse

Publié par l'bistrot des sports

Le chemin des morts 6 La Révolution en Creuse

En cette fin de juillet 1789 c'est la surprise au village de Lacoux : le fils Gerby est annoncé de retour au village. L'inquiétude se lit sur le visage du Père Gerby. Le retour des migrants maçons s'effectue aux alentours de la Noël !....

Le lendemain matin, son baluchon au bout de son bâton, le jeune migrant maçon descend le chemin de Lacoux. Il passe les premières mansardes de l'ancien hameau. En passant devant chez les Belugeon, les deux petites filles Anne et Marie se mettent à courir à sa rencontre.

- Oh ! "le Gerby" racontes nous des histoires de Paris. S'écrient-elles en lui sautant au coup.

- Plus tard, plus tard, les filles, je descendrai saluer le père Belugeon.

Le Godard s‘étonne en tapant sur sa faux :

- Eh ben bon Dieu ! Qu'as tu fais du Jean ?

- Il faut que j’aille chez les Boyer, rétorque l'arrivant, je reviendrai. Comment va la mère, ça pousse le bébé ?

- Si seulement ça pouvait être un garçon, ça m'aiderait bien dans mes tâches.

- Qui sait, qui sait répond le Gerby tout en continuant à gravir le sentier qui conduit chez les Boyer.

Il ne prend pas le temps de s'arrêter chez les Durand. La mère de son ami Jean, la Françoise Boyer, l'attend déjà assise sur le banc de pierre.

- Qu'est c’qu'tu fais là et où est mon Jean ?

-T'inquiètes pas. Il reviendra pour la Noël. Faut que j'vois le Pierre et le François. Ils sont où ?

- Ils coupent le foin à La Vergne avec les Boudrionet, les Glomot, ton frère et ton père.

- J'y vais la Françoise je repasserai ce soir prendre un "canon".

En sortant de chez les Boyer, Gerby longe l'ancien chemin de ronde du Prieuré, descend le chemin des rives et de VIllelot et finit par arriver à la chaumière familiale pour embrasser sa mère qui s'impatientait depuis les rumeurs de son retour prématuré.

Après une longue étreinte entre la mère et le fils, la mère, en séchant ses larmes l'interroge :

- Et Jean n'est pas rentré avec toi ?

- Son chantier n'est pas terminé. Il sera là avant la Noël. Depuis les Etats Généraux les choses vont très mal à la capitale. Le peuple parisien maltraite notre roi. On parle de révolution. Beaucoup de nos "pays" y participent. Jean et moi nous essayons de nous en tenir à l'écart, mais nous sommes montrés du doigt. C'est pourquoi, n'ayant pas d'embauche j’ai préféré rentrer sur les terres de notre bon père Brillant.

-Tu as bien fais mon fils. Ici nous n'avons pas grand-chose mais nous sommes au moins protégés par le bon Dieu.

- Peut-être pas pour longtemps la mère, peut-être plus pour longtemps. Bon je monte à La Vergne faut que je parle au Pierre Boyer. Il paraît qu'ils font les foins là-haut.

Le fils quitte sa mère en l'embrassant. Il passe devant les chaumières des Guinjard et Bazot. Un peu plus loin il salue la mère Glomot embrasse les deux petites sœurs, Jeanne, et leur petit frère Léger. Deux cents mètres plus haut, il arrive au "Couderc" ou habitent les Aubreton. Il ira les saluer à son retour de La Vergne. Il passe le chemin de Lacoux qu'il a emprunté à son arrivée puis descend vers le ruisseau de la "Jonchère". Autrefois, à l'époque des gaulois, on y cultivait des ajoncs. Il passe le ruisseau en sautant de pierres en pierres et commence à monter vers le mont "Peum". Il fait chaud. A cette époque de grosses chaleurs, les vipères se dorent au soleil enroulées sur les pierres du mur du vieux chemin. L'hiver, se sont les loups qui rodent, affamés, en ces lieux. Au bout d'un quart d'heure de monté, il finit par apercevoir les champs de "la Vergne". Ce mot de "vergne", emprunté au gaulois, désignait une sorte d'aulne que cultivaient les tribus gauloises. Dans le fond du pré, le groupe de faucheurs, se désaltère à une source à l'ombre d'un immense chêne.

- Tes ! S’exclame Pierre Boyer, vla ton fils, Gerby.

- Qu'est-ce qui t'amène aussi tôt ?, interroge le père Glomot.

- Des nouvelles très graves, s'écrit le "migrant" tout en embrassant son père et son frère. A Paris, le petit peuple sème le trouble. Il y a des assassinats. Le gouverneur de la Bastille aurait été massacré. Nous y étions, au début, avec le Jean Boyer. La populace armée c'est présentée devant les portes de la forteresse en demandant au gouverneur de la leur livrer. Des parlementaires ont été désignés pour aller discuter avec le gouverneur. Ne les voyant pas revenir l'ordre fut lancé d'attaquer, les croyant gardés prisonniers. Les gardes ont alors tiré. Un vrai massacre. Le Jean et moi avons pu nous échapper et rejoindre le quartier Saint-Marcel. Nous avons su plus tard que nos envoyés avaient été tout simplement invités à manger avec le gouverneur d'où leur retard.

- Alors tout ce massacre pour un simple repas, murmure Pierre Boyer.

- Eh oui, répond le fils Gerby. Maintenant le pays s'enflamme partout. J'ai entendu dire sur mon chemin de retour que des brigands avaient mis Limoges à feu et à sang.

Le 29 juillet à Saint-Dizier les domaines Sylvain et Antoine Guillion ont réuni les habitants des villages des alentours sur la place de l'église.

Monté sur une estrade de fortune Sylvain prend la parole.

- Écoutez-moi tous. Nous avons appris que des "express" ont été envoyés à la Souterraine et à Genouillac. Des brigands venus de Limoges viennent pour brûler et piller nos villages.

Antoine succède à son frère sur l'estrade.

- A Ajain ils ont déjà commencé à monter des palissades de fagots et creuser des retranchements. Il faut aussi nous y mettre et ceux qui possèdent des armes doivent les sortir.

Cette "grande peur" n'a duré que quelques jours. Aucune bande de brigands n’est venue massacrer et piller la région. Cela a été, ici, qu'une rumeur consécutive aux évènements parisiens. Dans d'autres provinces, La rumeur est bien devenue réalité. Des brigands arrivent pour détruire les récoltes. Dans certains lieux, des paysans armés de fourches et de fusils, pilles et incendient les châteaux. Ils brûlent en particulier les chartriers où se trouvaient consignés les droits seigneuriaux. A Versailles, les députés s'émeuvent : se rappelant que les cahiers de doléances ont demandé l'abolition des privilèges féodaux.

Le 4 août dans la soirée, un noble libéral, le vicomte de Noailles, propose de proclamer l'égalité de tous devant l'impôt, de supprimer les corvées, mainmortes et autres servitudes personnelles et de déclarer rachetables les autres droits. Un riche propriétaire féodal, le duc d'Aiguillon, approuve le projet de son collègue. Les orateurs se succèdent, avançant pêle-mêle de nouvelles propositions : abolition du droit de chasse, garenne ou colombier, libération des noirs, accès à tous les français aux fonctions publiques etc.... Quelques membres du clergé demandent la suppression de la dîme ecclésiastique, pour finir le 11 août 1789 met fin au régime féodal.

Le 26 août 1789 est décrété la déclaration des Droits de l'Homme.