Le chemin des morts 32 La troisième République

Publié par l'bistrot des sports

C’est d’un cœur léger que la France déclare la guerre à la Prusse de Bismarck, le 19 juillet 1870. Elle se termine par un désastre à Sedan le 2 septembre 1870. La capitulation est inévitable. L’empereur est fait prisonnier. A paris la foule envahit le Palais Bourbon et un certain Gambetta annonce la déchéance de l’Empire. Un gouvernement de défense nationale est constitué à l’Hôtel de ville. Gambetta en devient le ministre de l’intérieur. Le gouvernement prononce d’abord la dissolution du Corps Législatif et du Sénat, mais il doit concentrer toute son attention sur la situation militaire, devenue tragique après la capitulation de Sedan. Malgré une tentative de négociation avec Bismarck, le siège de Paris commence le 19 septembre. Gambetta quitte Paris en ballon le 2 octobre afin de tenter d’implanter la République en Province et surtout de lever une armée dans le Nord, sur la Loire et dans l’Est, chargée de dégager la capitale encerclée. C’est encore un échec. Pendant ce temps, à Paris les ouvriers constituent des « comités de vigilance » et réclament l’élection immédiate d’une Commune. Devant le refus du gouvernement, ils provoquent le 31 octobre une véritable émeute. Le 28 janvier 1871, le gouvernement décide la capitulation de Paris et un armistice de trois semaines. En province, Gambetta qui entend poursuivre la lutte, donne sa démission le 6 février à Bordeaux. Deux jours plus tard, une Assemblée Nationale est élue au suffrage universel. Elle se réunit à Bordeaux, où le gouvernement de la Défense Nationale lui remet ses pouvoirs. Le 17 février 1871, Adolphe Thiers est nommé chef du pouvoir exécutif de la république. Le 18 mars il décide de s’emparer des canons entreposés à Belleville et à Montmartre. La foule craint le rétablis de la monarchie souhaité par une Assemblée Nationale conservatrice installée à Versailles. La crise éclate. La foule fraternise avec les soldats. Deux généraux sont fusillés. Tiers abandonne la capitale aux émeutiers et se replie avec ses services administratifs à Versailles. Maître de la ville, le comité central de la garde nationale procède à l’élection d’un conseil général de la Commune de Paris. Le 21 mai, l’armée de Versailles sous les ordre de Mac-Mahon pénètre dans Paris. Du 21 au 28 mai, « la semaine sanglante », les combats font rage dans le centre et l’est de la capitale, avant de s’achever à Belleville et au Père Lachaise. Les « fédérés » brûlent l’Hôtel de ville, les Tuileries, la Cour des Comptes. La répression est impitoyable et « l’expiation complète », suivant le mot de Tiers. Le mouvement révolutionnaire sera écrasé pour longtemps.

Le 31 août 1871 Adolphe Tiers devient président de la République. Pris à partie par les monarchistes, il démissionne le 24 mai 1873.

Les monarchistes comptent utiliser l’inexpérience d’un soldat légitimiste convaincu pour restaurer la monarchie, favorise l’élection de Mac-Mahon. Les incessantes luttes entre monarchistes et républicains, ces derniers remportant les élections de 1876, pousseront Mac-Mahon à la démission le 30 janvier 1879. Le Républicain modéré, Jules Grévy, est élu Président de la République. Très apprécié des parlementaires, il est réélu en décembre 1885. Il devra donner sa démission le 1er décembre 1887 suite à un sombre scandale de décoration où son gendre sera fâcheusement mêlé. Lui succèdera à la Présidence de la République, Casimir.

 

Les creusois ne sont pas favorables à la continuation de la guerre imposée par Gambetta. Le conseil général se dérobe lorsque Martin Nadaud lui demande de voter un emprunt de 400 000 F représentant la quote-part du département pour la formation des armées.

Parmi les cinq députés de la Creuse élus à l’Assemblée nationale de 1871, un seul est républicain. Mais aux élections générales de 1876, les Républicains obtiennent la majorité et nos cinq députés sont réélus sous la bannière républicaine. Depuis, la population creusoise a, dans l’ensemble, toujours montré son attachement aux institutions républicaines.

 

A Lacoux, les année 1870 seront une année clef pour les Guillon-Lasmier. Elles commencent une nouvelle fois, par un triste décès : celui de Marguerite Lasmier la fille ainée du vieux Jacques et d‘Elisabeth Boyer, la mère de François Naturel dit Lamier. Elle travaillait et logeait toujours chez les Bichon. Tout le village aimait beaucoup la Marguerite. Elle était douce et toujours prête à rendre service. Une Maladie, semblable à celle de sa mère, l’a emportée le 19 mars 1871 à cinq heure de l’après midi. Elle avait 45 ans. Son fils s‘était engagé, il y a un an avec son ami Hétéve du bas du village pour combattre les armées de Bismarck. Il subit le désastre de Sedan. Par la suite, s’est-il rallié à la commune de Paris ou aux Versaillais d’Adolphe Tiers ? J’opterai plutôt pour les Versaillais car il sera démobilisé qu’en 1874 lorsque l’armée navigue entre Monarchie et République. Il était donc absent pour l’enterrement de sa mère.

Le petit François Guillon a eu beaucoup de peine. Il accompagnait souvent la Marguerite aux champs garder les vaches. Elle lui racontait de vieilles histoires et lui chantait des chansons du pays. Ce sont Pierre Lamoureux le voisin du vieux Jacques et François Peynot le cousin de la défunte qui ont été chargé de la corvée de la déclaration en Mairie du décès. C’est dans le tombereau de Pierre Bichon que le corps de Marguerite Lasmier empruntera le chemin des morts.

Auparavant, quelques mois après le décès de sa sœur Marguerite Guillon, Marie Guillon quitte son emploi de domestique chez les Belugeon. Elle revient s’installer dans la maison qui désormais lui appartient : celle achetée par son père Jean Guillon. Elle cohabite avec son beau-frère le Jacques qui approche les soixante dix ans. Le petit-fils Lasmier le François Naturel qui ne supportant guère cette cohabitation parlera de s’engager dans l’armée. Sa fille Gilberte qui approche les dix ans et enfin le petit François Guillon le fils de sa nièce disparue ; Gilberte. Lui aussi approche la dizaine d’années.

« La Marie du Jacques » se comporte en véritable despote. Elle dirige tout à grands coups de « triques ». François Naturel le petit fils du Jacques ne la supporte plus. Il part avec son baluchon vivre l’épopée décrite plus haut.

Un après midi de juillet, en fanant le foin, la chaleur est instance. Marie est en nage. Elle va s’asseoir à l’ombre d’un chêne où coule une source. Un léger courant d’air lui caresse le dos. Elle boit de cette eau glacée qui finit de la rafraichir. Le soir même elle se sent prise de fièvre et de toux. Son état ne cesse d’empirer. Le vieux Jacques fait venir un médecin de Guéret. Le diagnostique est formel : Pleurésie, ses jours sont comptés. Marie perd connaissance sous lemprise de la fièvre. Jacques saffole. Les deux héritiers directes ; Gilberte la fille de Marie et François Guillon sont trop jeunes pour hériter maintenant. Par contre la Marie a encore de la famille sur Saint-Dizier les domaines. Il fait vite venir le notaire de Jouillat. Pratiquement inconsciente Marie Guillon accepte devant témoins de céder maison et propriété au vieux Jacques. Le lendemain Marie Guillon, « la Marie du Jacques » rend le dernier soupir.

Durant ces années soixante dix le chemin des morts ne « chaume » pas. Cest au tour de la famille Lamoureux de lemprunter le plus souvent dans le deuil. En novembre 1872 cest leur fils aîné, Antoine, âgé de 14 ans qui trouve la mort dans un accident idiot. Il chuta lourdement du « chambras » où il était perché pour jeter du foin aux vaches. François Guillon a assisté à la scène. Il en restera toujours très affecté. Antoine était son meilleur ami. Il ne sest pas, à cette instant, que ce sera dans une telle chute quil perdra une jambe bien des années plus tard dans un accident de chantier à Compiègne. Cinq mois après cest le tour de la petite sœur dAntoine, Marie, de perdre la vie à la suite d’une mauvaise coqueluche. Elle navait que trois ans. Cest le 22 mars à onze heures du soir que la pauvre petite décède dans daffreux étouffements. Pierre Guillemet et Jean Tallaire se dévoueront une fois de plus pour descendre à Jouillat déclarer le décès.

Les Lamoureux se retrouvent sans enfants. Ils sattachent au petit François Guillon qui rentre dans sa onzième année.

Le vieux Jacques place la fille de Marie Guillon, la petite Gilberte Guillon âgée de treize ans chez les Cacard-Auville du Couderc. Il reste seul avec le petit François Guillon. Depuis le décès de son ami Antoine Lamoureux le gamin a du mal à trouver sa place dans le village de Lacoux. Il a bien quelques petits voisins tels que François Gerby ou Antoine Guillemet, mais ils se moquent de ses diffilcutés délocution. Les allusions sur sa venue au monde font de lui un garçon renfermé, ombrageux et batailleur. Les jeunes filles de son âge : Berthe Glomot, Jeanne Guinjard ne recherchent pas sa compagnie.

Au début de 1874 François Naturel dit Lamier est démobilisé. Il rentre au pays mais va sinstaller chez sa tante Marie Lasmier à Champsanglard. Il y rencontre Magdeleine Gaunnet dune famille plutôt bourgeoise où François nest pas le bien venu. Le père est un grand entrepreneur de Pithiviers dans le Loiret.

Le mariage est célébré à Jouillat le 14 mars 1874. Le père de la mariée est absent. Il se fait représenter par un notaire qui présente un contrat de mariage protégeant les biens de sa fille. François Naturel et son grand-père prennent mal cette initiative. Le vieux Jacques offre à son petit fils les terres qui lui ont été données par la Marie Guillon. François Naturel construit chaumière et bâtiments dans lancienne chènevière des Boyer. Le couple sy installe définitivement. Après 1901 Magdeleine Lamier, lépouse du François Naturel, devenue veuve vendra le tout à la famille Guillemet-Peyronnaud de la Couffrette avant de finir ses jours dans sa famille à Champsanglard.

 

En 1877 à bientôt 77 ans, le vieux Jacques commence à donner des signes inquiétants de maladie. Il na plus que la peau sur les os et se déplace quavec laide de deux bâtons.

François Guillon, quil considère maintenant comme son fils adoptif, vit seul avec lui. Il a 16 ans. Le vieillard demande au jeune garçon de le conduire à Ajain chez le notaire. Devant témoins, il lègue à son « fils adoptif » François Guillon la maison, les bâtiments , chambre de four, porcherie avec le terrain qui entoure, le tout.

Le 16 mars 1880 à deux heures de laprès midi, le vieux Jacques, donne le dernier soupir entouré de son petit-fils et de son fils adoptif. François Lamier accompagné du cousin de Péchadoire Louis Gerby descendent à Jouillat déclarer le décès du « vieux Jacques ». Il est le dernier de cette maison à avoir emprunté le chemin des morts.

Le jeune François Guillon reste seul dans la maison donnée par le vieux Jacques. Sa cousine Gilberte Guillon, la fille de la Marie du Jacques, qui était domestique au couderc chez les Auville est décédée. Elle était de nature chétive suite à des convulsions lui ayant « brouillées la tête » dans son enfance.

François va travailler comme garçon tuilier à la tuilerie de Rimondeix près de Jarnages.

 

A lascoux (qui a depuis pris un « s » en son milieu), il fait la connaissance dune petite journalière, Jeanne Bruneton du village de Villecoulon employée chez les Guinjard. Ils se marieront en 1888 à Jouillat.

Ils seront mes arrières grands parents paternels

 

Ainsi prend fin cette histoire. Les portes du XXème siècle souvrent, donnant naissance à une nouvelle generation.

 

FIN

Bonjour à tous et toutes, je tiens à vous remercier d'avoir eu la gentillesse de vous intéresser à cette histoire. J'ai également une pensée émue aux anciens aujourd'hui disparus qui m'ont beaucoup aidé par leurs souvenirs.